JDPV: Combiné sans fil Audiotel, modèle inconnu

Aujourd’hui nous allons inaugurer la catégorie “j’ai démonté pour vous”.

Comme déja annoncé dans l’introduction, le but de la manoeuvre est de “désosser” complètement un objet électronique afin d’en explorer les entrailles. Ces appareils seront en général défectueux, donc nous ne chercherons pas à les “maintenir en vie”, ce qui facilitera le travail. Au delà de l’exploration visuelle, on pourra parfois en récupérer des bouts pour en faire autre chose.

Démontons donc ce vieux téléphone sans fil “Audioline” que j’ai trouvé dans une caisse de recyclage:

C’est vieux, c’est moche, mais on pourra espérer y découvrir une électronique intéressante, à l’inverse des appareils récents. Avez vous déja démonté un téléphone mobile récent? Je ne le ferai pas, car rien n’y est récupérable. Allez faire un tour sur le site ifixit, vous en trouverez plein.

Avant de démonter, cherchons un peu sur le web si on trouve des manuels, de dépannage, d’utilisation, etc. Avec un peu de chance, pour certains appareils, on peut retrouver un schéma. Malheureusement, ce “truc” ne comporte aucun numéro de modèle. Il est fabriqué par Audioline, mais ce fabriquant a tellement de modèles que je n’ai pas été capable de retrouver celui là. Tant pis.

La simple vue de la batterie nous explique pourquoi le combiné a été jeté: elle a coulé, ce qui la rend simplement inutilisable et dangereuse. Le petit coton absorbant dans le couvercle me suggère que ce comportement était attendu!

Notre première tâche est de la retirer sans s’en mettre dessus, ce qui fait apparaitre des vis. Bien entendu il faut les retirer.

L’ouverture du boitier n’est pas si simple. Il est constitué de deux coques qui tiennent par des clips, en plus des vis. Il faut forcer un peu pour les ouvrir. Des tournevis peuvent être utilisés, de toute façon nous n’allons pas récupérer cette coque, donc même si on l’abime beaucoup, ce n’est pas grave!

Et voila! Nous pouvons maintenant nous émerveiller devant cette carte en bakélite véritable des années 80! A cette époque, le composant traversant était la règle. 3 éléments sont déja identifiables:

  • Le cadre rouge le plus a droite signale le micro, une capsule à électret. C’est un type de microphone très courant, qui équipe encore les “micro casques” et les micros pour PC. La qualité audio n’est pas remarquable, donc on n’utilise pas ces modèles en studio, mais pour les appareils électroniques, c’est OK
  • Le cadre rouge du centre montre une espèce de ventouse en caoutchouc, qui représente un gros effort pour canaliser le son du petit buzzer qui se trouve au centre. Vu sa position, il s’agit de l’émetteur des sonneries de l’appareil.
  • Le cadre rouge du bas signale un objet vert, qui m’a fait hésiter un moment sur sa fonction… jusqu’à ce que je vois qu’il est repéré sur le circuit: “DPX1”. Cette référence, mon expérience me dit qu’elle signale un duplexeur (D signifie en général diode, T ou Q signale un transistor, IC ou U signale un circuit intégré, R signale une résistance, L une inductance et JP un jumper). C’est un filtre particulier qui donne un chemin différent aux signaux dont les fréquences sont différentes.

Ce duplexeur comporte un nom de fabricant, Sumida. Une recherche sur google “sumida duplexer” ne donne pas grand chose, mais confirme que la société “Sumida” fabrique des duplexeurs pour “cordless phone”. Rien de plus, car le composant ne comporte pas de référence utilisable. Le D003-B621 e donne rien, mon intuition me dit que c’est plutôt un numéro de lot ou un codage de date.

Cette carte comporte encore quelques autres circuits:

  • un circuit noté MC3361: la datasheet se trouve facilement, c’est un démodulateur FM, on le trouve sur la carte entouré des circuits classiques mentionnés dans sa datasheet, un filtre céramique 455 kHz, et un filtre à quartz (boitier métallique) de 10.7 MHz:

  • un autre noté 10651: la datasheet a été plus difficile à trouver. Grâce au logo sur le boitier j’ai pu deviner le fabricant, Toko, ce qui m’a amené la véritable référence du circuit, TK10651, qui est un réducteur de bruit à basse consommation, associé à des interrupteurs électroniques. Le circuit contient “cordless phone” dans ses domaines d’application, c’est conforme 🙂
  • un autre, CMS, noté MC145162. D’expérience, je sais que les MC145XXX sont des PLL qui servent à générer des signaux radio. la datasheet se trouve immédiatement, et nous renseigne sur les fréquences en jeu dans cet appareil. C’est donc un double synthétiseur de fréquence, une fois de plus spécialement conçu pour les téléphones sans fil! Les fréquences sont en effet différentes pour la voix arrivant au téléphone et celle quittant le téléphone. On trouve donc l’indication requise: en France, ces téléphones marchent dans la bande des 26 et 41 MHz.

On trouve en plus une palanquée de circuits passifs divers et variés qui seront utiles à récupérer. On a toujours besoin d’une capa ou d’une résistance!

Mais ce n’est pas fini: on peut le deviner, car le circuit synthétiseur doit être piloté par un autre circuit intégré, dans le genre “microprocesseur”. Nous n’avons encore rien vu de tel sur la carte électronique. En dépliant le circuit observé, on tombe sur une autre carte, qui tient un clavier en caoutchouc:

On voit le coté itéressant sur cette image du “kit complet”. Le composant QFP comporte le logo de Motorola suivi du texte “412690FB”. On ne trouve aucune info sur google, c’est sans doute un composant “fait sur mesure”. Décevant, mais habituel.

Sur cette image on voit rapidement ce qui est récupérable; pas grand chose, à part les composants discrets, n’est intéressant. Que pourra t on en tirer au final?

  • deux leds rouges miniatures (toujours appréciable)
  • des composants discrets
  • un haut parleur

et surtout, je voudrais m’attarder sur le circuit MC3361. Ce circuit EST réellement intéressant; il réalise une fonction assez complexe, la démodulation FM. Il contient un détecteur de porteuse (squelch) qui permet de rendre le son silencieux en l’absence de signal.

Avec ceci, on peut faire une radio. En plus, il est associé à un “bon” filtre 10.7 MHz (j’expliquerai plus tard l’intéret de cette fréquence) et à tous les composants nécessaires à son fonctionnement.

L’étape suivante de la récupération sera le relevé du schéma de cette partie du récepteur, en essayant de le faire correspondre avec un schéma classique faisant intervenir ce circuit. Ce sera une brique de construction pour un récepteur radio.

 Une remarque pour conclure, parmi les circuits identifiés, aucun ne comporte de fonction numérique. C’est tout de l’analogique, ce qui veut dire que la voix est transmise en clair… un simple poste de cibiste à peine trafiqué permet d’écouter ce qui passe entre ce combiné et sa base. Souhaitons qu’il n’en reste pas beaucoup en circulation…

A l’heure où je vous parle, j’ai eu la possibilité de récupérer un autre téléphone sans fil, d’aspect plus moderne. Nous pourrons en comparer la conception!

A la prochaine!